La nuit sans mon chien

🕯️

La chambre est grande. Trop grande. Le lit, vaste comme un désert glacé.
Et dans ce désert, elle s’allonge. Seule.
Depuis qu’il est parti, la nuit n’a plus d’heure. Elle tombe comme un rideau de plomb, opaque, étouffant.

Avant, il y avait ce souffle régulier, ce poids léger au pied du lit.
Un chien. Rien qu’un chien, diraient certains. Mais lui, c’était le rempart contre la solitude, le veilleur silencieux des insomnies.

🌘

 Le sommeil se fait attendre
Elle tourne. Se retourne. Le drap est froissé, son cœur aussi.
Ses yeux grands ouverts cherchent un repère dans l’obscurité, mais il n’y a que le vide.
Pas un bruit, sauf celui de sa propre respiration, haletante.
Parfois, elle croit entendre ses griffes sur le parquet. Une illusion. Une torture.
Le cerveau ne veut pas comprendre. Le corps, lui, réclame encore la présence absente.

😔

 Le passé revient, violent
Chaque nuit, les souvenirs s’acharnent.
Le dernier regard du chien, cette lueur d’incompréhension.
L’aiguille de la piqûre. Le silence qui a suivi.
Et cette odeur dans la pièce, mélange de désinfectant et de fin du monde.

Les larmes montent, sèches parfois, brûlantes toujours.
Elle les ravale, comme on avale une gorgée d’eau croupie. Il n’y a personne pour les voir, de toute façon.
Le chagrin, ici, est un compagnon fidèle. Plus fidèle que l’entourage qui lui dit : « Ce n’était qu’un chien. »

🌒

 Le cauchemar continue éveillée
Quand enfin le sommeil la prend, il ne dure jamais longtemps.
Des rêves en morceaux, une image de lui courant dans un champ, puis un aboiement au loin, et elle se réveille, étranglée d’espoir.
Mais non. Il n’est pas là.
Il n’y a que le tic-tac infâme de l’horloge et cette sensation poisseuse de larmes séchées.

🕯️

 Et pourtant, elle recommence
Chaque soir, elle remonte dans ce lit comme on remonte sur un bûcher.
Non pas pour dormir, mais pour survivre. Pour tenir une nuit de plus sans lui.
Elle a gardé son collier sous l’oreiller. Parfois, elle le serre si fort qu’il lui laisse des marques dans la paume.

Ce n’est pas un simple chagrin.
C’est un gouffre. Une fièvre muette. Une guerre intime que personne ne voit.
Car la nuit, quand on a aimé un chien plus que soi-même, le deuil n’a pas de fin, seulement des battements de cœur qui cognent contre l’absence. 

Dr Camille Berthier
Dr Camille Berthier

Camille Berthier est une ancienne vétérinaire passionnée, profondément marquée par les adieux partagés avec les chiens qu’elle a accompagnés jusqu’au bout. Après un burn-out et une rencontre inattendue avec un chien dans un parc, elle a choisi de transformer sa douleur en refuge pour les autres. Elle a fondé Belle Truffe, un blog dédié à celles et ceux qui vivent le deuil de leur compagnon à quatre pattes, pour leur offrir écoute, douceur et compréhension.

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