Ils disaient que c’était un chien.
Ils disaient : « Tu as bien fait. »
Mais dans le silence de la maison, dans l’ombre de chaque pièce où son pas n’est plus, la question revient, tenace, comme une lame sous la peau : Ai-je eu le droit ?
Il était là, couché sur le carrelage froid. Son souffle, court, rauque, montait péniblement de ses flancs amaigris. Ses yeux, deux lacs asséchés, me fixaient sans reproche, mais avec cette douceur douloureuse des êtres qui ont aimé sans condition.
Et moi, debout, misérable dans mon manteau d’humain prétendument raisonnable, je tremblais comme une feuille prise dans le vent de décembre.
Les jours précédents avaient été un supplice. Chaque repas refusé, chaque gémissement dans la nuit, chaque chute sur ses pattes devenues molles, étaient des appels au secours. Et pourtant, je restais là, à attendre un miracle, à espérer une guérison que je savais mensonge. Ce n’était plus de l’amour, c’était de l’égoïsme maquillé en espoir.
Alors, ce matin-là, j’ai appelé.
J’ai fixé l’heure.
J’ai signé.
J’ai trahi.
C’est ce que je me suis dit. Que j’avais trahi celui qui m’avait tant donné. Que j’étais juge et bourreau d’un innocent.
Mais la vérité, c’est que ce geste n’était pas un crime. C’était un sacrifice.
Car choisir la mort, ce n’est jamais facile. C’est porter un fardeau que lui, votre chien, ne pouvait plus soulever. C’est décider pour lui, quand il n’a plus la force de choisir. C’est refuser de le laisser souffrir pour préserver notre propre attachement.
Non, vous n’avez pas tué. Vous avez aimé. Jusqu’au bout. Jusqu’à vous oublier vous-même.
Vous avez pleuré, vous avez douté. C’est la preuve que vous étiez digne de sa confiance. Car il vous a regardé, jusqu’au dernier souffle, avec la même fidélité. Parce qu’il savait. Il savait que c’était la fin. Et il vous a pardonné avant même que vous ne vous en vouliez.
Alors non. Ne vous flagellez pas.
Ne vous condamnez pas pour cet acte d’amour ultime.
Vous l’avez accompagné dans la seule chose qu’il ne pouvait pas faire seul.
Vous avez été son dernier refuge.
Son ultime tendresse.
Et cela, jamais, jamais, un cœur aimant ne devrait s’en sentir coupable.
