Ce vieux foulard et mes larmes silencieuses

Il y a des jours où les larmes viennent sans prévenir, comme une pluie fine qui s’infiltre sous la peau.

Ce matin, ça m’a prise en ouvrant le tiroir. Je cherchais une paire de chaussettes, et ma main est tombée sur ce vieux foulard bleu que je mettais pour les promenades d’hiver. Celui-là même qu’il aimait mordiller en douce, les yeux brillants de malice, comme s’il me volait un petit bout de moi pour jouer. Il le tirait entre ses dents, je faisais mine de râler, et puis je cédais. Toujours. Parce que c’était lui, et que son bonheur suffisait à tout.

Alors les larmes sont venues. À flots. D’un coup. Comme si ce simple tissu contenait encore sa salive, son odeur, sa joie. J’ai réussi à refermer le tiroir, mais pas à me refermer moi.

Et puis je me suis surprise à me cacher. Comme une coupable. J’ai essuyé mes joues vite, jeté un coup d’œil vers la fenêtre. Personne. Mais j’avais honte. Honte de pleurer. Encore. Honte de sentir cette même brûlure, des semaines après. Comme si la douleur devait respecter un délai, un calendrier invisible où, passé un certain jour, le chagrin devenait indécent.

Mais qui a dit qu’on devait guérir vite ? Qui a décidé du bon moment pour ne plus pleurer ? Qui a le droit de juger la profondeur d’un amour ?

Les gens oublient que ce n’était pas « qu’un chien ». C’était une respiration en plus dans la maison. Une chaleur sur le tapis. Un regard qui comprenait tout sans un mot. Un battement de queue pour saluer le moindre retour.

Alors non, je ne suis pas folle. Ni faible. Ni trop sensible. Je suis juste une personne qui a aimé. Et qui pleure encore, parce que cet amour n’a pas de date de péremption.

Un jour, je saurai ouvrir ce tiroir sans m’effondrer. Peut-être. Mais pour l’instant, je laisse les larmes venir. Je ne me cache plus. Il m’a tant aimée, lui, dans mes jours les plus tristes. Je lui dois bien de m’aimer aussi, dans les miens.

Dr Camille Berthier
Dr Camille Berthier

Camille Berthier est une ancienne vétérinaire passionnée, profondément marquée par les adieux partagés avec les chiens qu’elle a accompagnés jusqu’au bout. Après un burn-out et une rencontre inattendue avec un chien dans un parc, elle a choisi de transformer sa douleur en refuge pour les autres. Elle a fondé Belle Truffe, un blog dédié à celles et ceux qui vivent le deuil de leur compagnon à quatre pattes, pour leur offrir écoute, douceur et compréhension.

2 commentaires

  1. Ce texte c’est tellement touchant, je me retrouve complètement dans ce texte très émouvant. J’ai eu les larmes qui ont coulé… ma Foxy, teckel de 14 ans et demi est décédée le 3 octobre 2024, à la suite depuis d’une insuffisance rénale, … hospitalisée 5 jours après elle décède.😞💔 la douleur récemment, la douleur est tellement forte. Les 3 premiers mois je n’ai pas pu rentrer chez moi j’ai dû rester chez mes parents.. c’était impossible de rentrer chez moi seule … lorsque début janvier je suis arrivé à rentrer.. cela a était très étrange .. plus aucun bruits plus ma Foxy .. sa était très difficile pour remonter la pente .. ses affaires n’ont pas bougé dans la maison. Son absence, son odeur tout d’elle me manque. Et en ce début de semaine, son harnais et ses laisse ainsi que sa gamelle, je les ai rangé dans une grande boîte mais sa Panière toujours pas, elle est toujours au salon je ne veux pas y toucher c’est plus fort que moi c’est tellement dur,… ma Foxy me manque terriblement la douleur sera toujours là …

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