Gislaine et Féroce — Chronique d’une absence

Il y a des chiens qui traversent nos vies comme des comètes. Ils n’y passent pas en silence. Ils y laissent des traces, profondes, lumineuses, indélébiles. Féroce était de ceux-là.

Gislaine l’a adopté un jour de pluie, sans vraiment prévoir, mais avec cette intuition muette qui ne trompe pas. Il n’était pas le plus jeune, ni le plus docile. Mais il l’a regardée droit dans l’âme, et ce jour-là, quelque chose s’est lié. Quelque chose de fort, d’immédiat, d’évident.

Pendant des années, Féroce a été sa boussole. Il était là, fidèle, à chaque étape de sa vie : les jours de tempête et les matins tranquilles, les grandes joies et les soirs en larmes. Il ne posait pas de questions. Il restait. Il comprenait.

Et puis, il y a une semaine, il est parti.

Depuis, Gislaine dit qu’elle n’arrive plus à retrouver ses repères. Qu’elle cherche encore l’ombre de sa silhouette au bas du lit, le bruit de ses pattes dans le couloir, l’écho de sa présence dans le silence devenu trop grand. Elle continue de se retourner pour lui parler. Par habitude. Par amour. Et c’est ce geste-là, devenu vide, qui lui brise le coeur.

« Féroce », dit-elle, « était tout sauf féroce. Il était mon doux, mon solide, mon tendre. Il était le seul être avec qui je n’avais jamais besoin de mentir. »

Ce deuil-là n’est pas toujours compris. Autour d’elle, certains baissent les yeux, ou lui disent : « tu en adopteras un autre ». Mais on ne remplace pas une âme. On n’efface pas un lien vrai par un nouveau départ. On vit avec l’empreinte. Avec le manque. Avec l’amour orphelin.

Aujourd’hui, Gislaine tente de respirer. D’apprivoiser l’absence. De transformer le chagrin en souvenir. Elle parle de Féroce à voix basse, comme on parle d’un être cher, disparu mais encore là, quelque part.

Et si vous aussi vous avez connu ce vide, sachez que vous n’êtes pas seuls. Gislaine vous tend la main. Avec douceur. Avec vérité. Avec ce chagrin-là, qui dit combien l’amour était grand.

Dr Camille Berthier
Dr Camille Berthier

Camille Berthier est une ancienne vétérinaire passionnée, profondément marquée par les adieux partagés avec les chiens qu’elle a accompagnés jusqu’au bout. Après un burn-out et une rencontre inattendue avec un chien dans un parc, elle a choisi de transformer sa douleur en refuge pour les autres. Elle a fondé Belle Truffe, un blog dédié à celles et ceux qui vivent le deuil de leur compagnon à quatre pattes, pour leur offrir écoute, douceur et compréhension.

3 commentaires

  1. Faire son deuil ; impossible car on n’accepte pas la mort , on l’a subit avec sa souffrance ; peine ; tristesse et ce manque qui nous transporte presque dans le néant , ce non sens. Ce manque omniprésent….on continue son petit chemin de vie et le temps aidant , à travers nos larmes , on se surprend à sourire, à plaisanter , peut etre meme à chanter en culpabilisant mais toujours avec ce manque si tenace. Les souvenirs finiront par nous apporter nostalgie , tendresse mais encore et toujours avec ce manque . Faire son deuil est par moi  » oublier  » ; or je ne veux et ne peut oublier .

    • Faire son deuil : non , jamais. Je pense à tous ces petits loulous disparus toujours trop tot et je dis à ma petite Cannelle  » je t’aime ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *